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Musée Unterlinden de Colmar, rénovation et extension par Herzog & de Meuron

D 20 mai 2016     H 15:58     A Béatrice Louys, Elodie Scheydecker     C 0 messages


Musée Unterlinden - diaporama

Introduction (diapos 1 et 2)

Le très récent aménagement du Musée Unterlinden, c’est-à-dire « sous les tilleuls », de Colmar a fait l’objet d’une grande couverture médiatique, notamment lors de son inauguration par le Président de la République, François Hollande, le 23 janvier 2016 (diapo 3).

Cette rénovation-extension s’inscrit dans les programmes, de plus en plus fréquents, de projets d’intervention sur l’existant. Ils se situent dans la droite ligne des principes développés dans la Charte de Venise en 1964, il y a plus de 50 ans.

CHARTE INTERNATIONALE SUR LA CONSERVATION ET LA RESTAURATION DES MONUMENTS ET DES SITES (CHARTE DE VENISE 1964)

Préambule : « Chargées d’un message spirituel du passé, les œuvres monumentales des peuples demeurent dans la vie présente le témoignage vivant de leurs traditions séculaires. L’humanité, qui prend chaque jour conscience de l’unité des valeurs humaines, les considère comme un patrimoine commun, et, vis-à-vis des générations futures, se reconnaît solidairement responsable de leur sauvegarde. Elle se doit de les leur transmettre dans toute la richesse de leur authenticité.

Il est dès lors essentiel que les principes qui doivent présider à la conservation et à la restauration des monuments soient dégagés en commun et formulés sur un plan international, tout en laissant à chaque nation le soin d’en assurer l’application dans le cadre de sa propre culture et de ses traditions.

Article 11 : Les apports valables de toutes les époques à l’édification d’un monument doivent être respectés, l’unité de style n’étant pas un but à atteindre au cours d’une restauration. Lorsqu’un édifice comporte plusieurs états superposés, le dégagement d’un état sous-jacent ne se justifie qu’exceptionnellement et à condition que les éléments enlevés ne présentent que peu d’intérêt, que la composition mise au jour constitue un témoignage de haute valeur historique, archéologique ou esthétique, et que son état de conservation soit jugé suffisant. Le jugement sur la valeur des éléments en question et la décision sur les éliminations à opérer ne peuvent dépendre du seul auteur du projet.  »

Ayant posé ces principes, osons les questions suivantes : Comment l’architecte a-t’il tenu compte de l’histoire, de l’espace et du bâtiment existant ? Comment a-t’il tenté de s’inscrire dans cette histoire, dans cette architecture ancienne, dans le quartier, dans la ville ? A-t’il respecté la Charte de Venise ? A-t’il remporté le défi ?

Pour répondre à ces différentes questions :
- 1ère partie / Unterlinden, le monastère des dominicaines, puis le musée ;
- 2ème partie / Les architectes, deux réalisations, deux projets et Mme Christine Binswanger ;
- 3ème partie / La promenade architecturale : projet, réalisation et muséographie, en nous appuyant sur la bibliographie in Annexes et le diaporama.

1ère partie / Unterlinden, son histoire

a) le monastère des dominicaines (diapo 4)

- Vers 1230, fondation du couvent au lieu-dit Unterlinden.

La communauté religieuse est fondée à l’initiative de deux veuves nobles, Agnès de Mittelheim et Agnès de Hergheim. Elles se retirent à Colmar dans une maison, au lieu-dit « sub tilia » ou « sous les tilleuls » ou « unter den Linden », qu’elles occupent définitivement à partir de 1252. Les religieuses édifient un monastère, qui fonctionnera selon la règle dominicaine dès 1245 et deviendra l’un des plus riches de la région.

- 1269, consécration de l’église du couvent.

La construction du monastère débute au milieu du XIIIe siècle avec l’édification de l’église, consacrée en 1269 par le théologien Albert le Grand. Rattachée à un ordre mendiant, l’architecture d’Unterlinden ne répond à aucune norme architecturale précise. Elle correspond au plan type des établissements monastiques bénédictins : une église, des bâtiments conventuels et un cloitre, qui assurent la communication et la circulation entre les différents espaces. Cette architecture simple servira de modèle à beaucoup d’autres couvents de la région. Au cours du 18e siècle, les bâtiments conventuels subissent des modifications : une tribune au fond de la nef, un étage au cloitre pour aménager de nouvelles cellules.

- 1792, expulsion des religieuses et confiscation du couvent.

La Révolution Française de 1789 marque la fin des ordres mendiants. La ville confisque les biens des religieux. En 1790, un inventaire des richesses du couvent des dominicaines est établi par le maire de la ville, Etienne Ignace de Salomon. Une vente aux enchères a lieu en 1792. Le couvent est transformé en prison, puis en hôpital militaire. Entre 1795 et 1847, le couvent est affecté au 4ème escadron de Lanciers. Les militaires laissent les lieux dans un état de grand délabrement.

b) Le musée (diapo 5)

- En 1847, fondation de la Société Schongauer.

En 1846, Louis Hugot, bibliothécaire de la ville de Colmar, fonde un cercle d’érudits et d’amateurs, chargés de constituer un cabinet d’estampes et une école de dessin. En 1847, ce cercle a pris le nom de « Société Martin Schongauer » en l’honneur de ce peintre et graveur du XVe siècle. Il souhaite créer un musée dans le couvent, menacé de destruction.

- En 1848, découverte de la mosaïque de Bergheim.

Dans un petit village près de Ribeauvillé, on découvre la mosaïque de la villa gallo- romaine de Bergheim. C’est l’une des rares qui sont découvertes en Alsace . C’est la découverte archéologique la plus importante de l’époque. Acquise par le département, puis donnée à la ville de Colmar, c’est l’une des toutes premières œuvres à être visibles, dès l’inauguration du musée le 3 avril 1853. Elle sera suivie de bien d’autres au cours des décennies suivantes.

- 1860, trois institutions au sein de l’ancien couvent.

Après le transfert de la bibliothèque et des archives de la ville dans l’enceinte du couvent vers 1855-56, le Muséum d’Histoire Naturelle y est créé en 1860 par la Société d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie. Le couvent des dominicaines devient le centre culturel et patrimonial de la ville.

- 1906, construction de l’Etablissement des Bains Municipaux,
rue d’Unterlinden, juste à côté du couvent, par l’architecte allemand Ulysse Bertsch (l’Alsace étant alors annexée à l’Empire Allemand). Derrière son imposante façade néo-baroque, on découvre une piscine recouverte d’une verrière, différents bains, baignoires et douches dans un décor aux connotations antiques. Les contraintes économiques, liées à la mise aux normes et la désaffection des usagers, ont entrainé sa fermeture définitive en 2003.

2ème partie / Les architectes

Comment vont-ils tenir compte de cette histoire longue et riche dans cet espace central de la ville ? Comment vont-ils mettre en valeur une collection hétéroclite, allant de la préhistoire à l’avant- garde, en passant par l’époque médiévale et la modernité ? Quel challenge pour les architectes, afin que ce lieu si complexe retrouve son homogénéité et une certaine cohérence !

a) l’agence d’architecture.

L’agence Herzog & De Meuron compte actuellement près de 50 associés et 380 collaborateurs, à Bâle, Hambourg, Londres, Madrid, New-York et Hong-Kong. Cette formidable réussite repose sur une organisation pyramidale. A sa tête, les deux stars bien sûr, mais aussi quelques architectes « Senior Partners », parfois depuis de longues années, puis des architectes « Partners » et de multiples collaborateurs, dans diverses disciplines. Cette hiérarchie n’exclue pas un fonctionnement en équipe, au contraire, puisque les deux fondateurs de l’agence en sont les références et l’exemple.

Jacques Herzog et Pierre de Meuron, nés à Bâle en 1950 (diapo 6), ont réussi en effet à travailler ensemble depuis leurs études à Zürich et leur association en 1978 et ce jusqu’à aujourd’hui, sans oublier leur consécration en 2001, avec l’obtention du Prix Pritzker pour l’ensemble de leur oeuvre. Un membre du jury avait commenté : « Ils épurent les traditions du modernisme en les ramenant à leur élémentaire simplicité. Ils transforment les matériaux et les surfaces par l’exploration des techniques et traitements nouveaux. » Le talent des deux hommes n’a d’égal que leur discrétion. En regardant leurs réalisations depuis la création de leur première agence, il y a 38 ans, on peut s’étonner de leur diversité formelle : des structures complexes se caractérisant par une multitude d’inspirations.

Ceci s’explique par leur insistance à mener un intense travail de recherche en amont d’un projet, afin de respecter l’espace, l’histoire du lieu et les hommes, ainsi que l’environnement. Ils n’oublient pas une projection vers l’avenir, une réflexion sur la fonction du bâtiment, que ce soit pour une création ex-nihilo ou une opération sur l’existant. Le fil conducteur de toutes ces oeuvres est la recherche de solutions radicales et fonctionnelles, pour répondre au défi posé par chaque projet. Le duo surprend avec de nouveaux concepts : c’est un style toujours renouvelé !

b) quelques réalisations, depuis la création de leur 1ère agence, il y a 38 ans : l’entrepôt Ricola (1987), puis le stade des Jeux Olympiques à Pékin (2008), en passant par le Musée Küppersmühle de Duisburg (1999), le Prada Epicenter à Tokyo (2003) et l’Allianz Arena à Munich (2005), pour n’en citer que quelques-unes.

Voici deux exemples : (diapo 7)

- Cottbus Library à l’IKMZ dans le Brandenburg, entre 2001 et 2004

Les architectes se sont inspirés des formes arrondies d’un protozoaire, un animal microscopique, dont la forme se modifie sans cesse, pour dessiner la bibliothèque de l’Université technique allemande de Cottbus. Rien ne permet de distinguer l’avant et l’arrière du bâtiment. Les neuf étages, dont deux en sous-sol, s’organisent tous différemment. Des lettres de divers alphabets se chevauchent sur la façade opalescente. A l’intérieur, les surfaces s’ancrent autour d’un escalier en colimaçon de couleurs vives. Située à mi-chemin entre le campus et la ville, la bibliothèque attire beaucoup de visiteurs, en plus des étudiants.

- Vitrahaus à Weil-am-Rhein, achevé en 2010

La VitraHaus est le magasin phare de l’entreprise Vitra, qui produit des meubles pour l’habitat et le bureau. Les architectes Herzog et De Meuron ont choisi de reprendre la forme archétypale de la maison, avec un toit à pignon. C’est la plus adaptée pour mettre en valeur le mobilier. Elle est analogue à la maison vernaculaire locale. Après les avoir rallongées, ils ont empilé et intriqué plusieurs de ces maisons, pour doter leur façade d’immenses baies vitrées, comme de formidables vitrines. Ils ont utilisé 12 maisons pour ériger cette construction, semblable à un « amas de maisons » singulier, irrégulier, presque chaotique. Avec 57 mètres de longueur, 54 mètres de largeur et 21,30 mètres de hauteur, la VitraHaus dépasse tous les autres bâtiments du campus. Elle offre une vue imprenable, non seulement sur la collection Home de Vitra, mais aussi sur le reste du site et la région. La nuit, les espaces s’ouvrent, les façades vitrées deviennent en quelque sorte des vitrines illuminées, qui donnent sur le Vitra Campus et sur les environs.

c) deux projets en cours : (diapo 8)

- Elbphilharmonie ou « Elphi » à Hambourg

La philharmonie de l’Elbe (Elbphilharmonie, surnommé Elphi) est une salle de concerts symphoniques de Hambourg, dont l’ouverture est prévue en 2017. Elle sera construite à partir d’un ancien entrepôt du port en forme de trapèze, qui sera surmonté d’une structure en verre accueillant deux salles de 2 150 et 550 places. La première pierre a été posée le 2 avril 2007. La nouvelle salle accueillera, en résidence, l’orchestre symphonique de la NDR de Hambourg, une formation de la Norddeutsche Rundfunk. Elle aura pour intendant Christoph Lie- ben-Seutter, ancien secrétaire général du Konzerthaus de Vienne, également chargé de la Musikhalle de Hambourg. Son ouverture est censée élargir l’offre culturelle et n’entraîner la fermeture d’aucun autre équipement. La construction de la philharmonie de l’Elbe est sujette à controverses. En effet, suite à des litiges entre le Sénat et les entrepreneurs, ainsi qu’après de nombreuses modifications, son coût a été multiplié par dix (de 77 millions d’euros initialement à 789 millions) et son inauguration sans cesse repoussée.

- Tour Triangle à Paris

La tour Triangle est un projet d’immeuble de grande hauteur, qui serait situé au parc des expositions de la porte de Versailles (15e arrondissement de Paris) et qui serait construit dans la seconde moitié des années 2010. Le chantier de cet édifice, de 180 mètres de hauteur, relancé en 2011 par la Mairie de Paris, aurait dû débuter en 2013-2014. En proie à une forte opposition des riverains et des parisiens, le projet est rejeté par le Conseil de Paris le 17 novembre 2014, malgré le soutien de la nouvelle maire de Paris, Anne Hidalgo. Il est finalement approuvé, lors d’une délibération du conseil de Paris le 30 juin 2015.

Ces deux réalisations et ces deux projets sont foncièrement différents. Ils démontrent que le Cabinet d’Architecture Herzog & De Meuron ne cherche pas à mettre son cachet sur ses oeuvres. Comme le dit si justement Jacques Herzog, au sujet de leur style : « Passionnément infidèle ». Pourquoi ? L’important n’est pas qu’on leur attribue une oeuvre, mais qu’elle se fonde dans son environnent, qu’elle soit fonctionnelle et vivante.

d) L’architecte responsable du projet de Colmar est Christine Binswanger, née à Kreuzlingen en 1964 (diapo 9).

Elle a aussi fait ses études à l’Institut Fédéral Suisse de Technologie et collabore avec Herzog & De Meuron depuis 1991. « Senior Partner » au sein de l’agence, en charge du projet du musée d’Unterlinden depuis sa conception, l’architecte s’inscrit admirablement dans la philosophie et la manière de faire, initiées par les fondateurs. Lors d’une conférence au musée le 19 mars 2016, organisée sous forme de dialogue avec l’historien de l’art Jean-François Chevrier (ce qui est révélateur de son état d’esprit), elle insiste sur le travail en équipe et le respect du lieu.

La dimension urbaine du projet (repenser un quartier important du centre-ville et en faire un espace vivant), l’adéquation et l’articulation entre l’idée urbaine et la mobilité intérieure (la promenade architecturale), la relation entre une idée générale et des détails significatifs (la prise en compte du riche passé par la création d’un nouvel espace clos arboré en pendant du cloitre, d’une petite maison centrale en mémoire de l’ancien moulin, d’un nouveau bâtiment prenant le nom de l’ancienne ferme disparue, d’un canal rouvert et réaménagé en souvenir des lavandières d’antan...), sont autant de sujets étudiés, afin de lier au mieux la très grande hétérogénéité et l’objectif de cohérence. Tout cela contribue à la magie du lieu ! (diapo 10)

Les travaux de rénovation ont été planifiés et exécutés en étroite collaboration avec les architectes des monuments historiques, dirigés par l’architecte en Chef, Richard Duplat, les conservateurs du musée, notamment Pantxika De Paepe, Jean-François Chevrier et bien d’autres acteurs locaux. Depuis le lancement du concours pour le réaménagement et l’extension du Musée Unterlinden, en 2009, Jean-François Chevrier a collaboré avec l’agence Herzog & de Meuron en tant que conseiller pour la muséographie. Et Christine Binswanger conclut : « Les visiteurs vivront ce lieu d’architecture et d’art comme une suite complexe et organique d’espaces intérieurs et extérieurs. Dans notre métier, rares sont les occasions de faire une architecture épousant aussi étroitement un contenu couvrant des siècles d’histoire. Nous avons pu, avec Jean-François Chevrier , nous consacrer aussi intensément à la transformation urbaine qu’à la présentation spécifique des œuvres d’art. »

3ème partie / Unterlinden, sa rénovation et son extension

a) Le projet et sa réalisation

- Les raisons de l’extension

Le musée Unterlinden, deuxième musée d’art de province, avec environ 200 000 visiteurs annuels, n’offrait plus les conditions de présentation, de visite et de confort attendus d’un établissement de sa catégorie. En outre, il n’y avait pas assez de place pour exposer les collections d’art moderne et contemporain de plus en plus riches (legs Jean-Paul Person et donation Emmanuel Wardi en 2008). Les réserves étaient saturées et les locaux de travail insuffisants.

Le musée avait développé, à partir de la fin des années 1960, une collection d’art moderne d’une importance telle qu’elle a en partie motivée son extension. Généralement présentée au sous-sol du musée, elle devait être décrochée à chaque exposition temporaire. La construction d’un nouveau bâtiment devait permettre sa présentation régulière et permanente.

Une opportunité d’extension s’est présentée avec la disponibilité du bâtiment voisin. Il s’agit des anciens bains municipaux datant de 1906, fermés en 2003, après avoir été remplacés par une piscine couverte, plus conforme aux normes. Englobant les deux bâtiments, ainsi que l’espace environnant, le projet devait engendrer une modification structurante pour l’urbanisme du centre de Colmar.

- Le concours d’architecture

Un concours international est lancé en 2009 ; les projets doivent répondre aux exigences suivantes : la création d’un nouveau bâtiment d’exposition et la transformation des bains municipaux, pour en faire un espace événementiel, avec la nécessité de relier ces espaces à la partie historique du musée. Trois projets arrivent en phase finale du concours : celui de Herzog & de Meuron, reliant les parties anciennes et nouvelles par une galerie souterraine, une proposition de Rudy Ricciotti et un projet de l’agence Moatti-Rivière, avec une passerelle aérienne qui devait relier les différents bâtiments (diapo 11).

À l’issue de plusieurs années d’études préliminaires et de programmation, la maîtrise d’œuvre est attribuée à l’agence Herzog & de Meuron. L’agence suisse décide de rendre visible la relation entre l’histoire du musée, le lieu qu’il occupe et de ses collections, dans une synthèse architecturale per- mettant de projeter le musée dans le futur. C’est le premier chantier public français de l’agence Herzog & de Meuron.

- La réalisation (diapo 12)

Les travaux débutent en octobre 2012 et s’achèvent en décembre 2015 (initialement prévu pour début 2014). Ces travaux correspondent à un investissement de 47 millions d’euros TTC, dont 19,5 millions d’euros pris en charge par la Ville de Colmar (environ 50% du coût HT de l’opération). Cela dépasse de 17 millions le coût d’objectif.

Début novembre 2013, le déménagement du retable d’Issenheim, œuvre emblématique du musée, libère l’espace nécessaire à la restauration de la chapelle de l’ancien couvent. Prévu dès l’origine par Richard Duplat, architecte en chef des Monuments historiques, le transfert dans l’église voisine des Dominicains se heurte longtemps à l’opposition du ministère de la Culture qui craint des dommages irréparables sur le chef-d’œuvre de la peinture Renaissance. Faute de déménagement du Retable, l’ensemble de la restauration du couvent se trouve remis en cause. Mais la protection in situ, au moyen d’un sarcophage, présente des risques encore plus importants que le déménagement.

Aussitôt après le transfert du Retable, des travaux pour améliorer l’étanchéité de la toiture de la chapelle commencent.

Le 5 octobre 2013, une spectaculaire inondation immerge les fondations de l’extension contemporaine et la galerie de liaison vers le monument historique, sous 1,60 m d’eau. Cela ralentit l’avancée du chantier des extensions. Les nouveaux bâtiments sont construits en béton, recouvert d’une couche d’isolation, puis de briques cassées qui matérialisent l’enveloppe. La toiture et le haut des murs des extensions sont couverts d’une surface de plus de 1500 m2 de cuivre.

Cette extension permet de multiplier par deux la surface du musée, pour la porter à près de 8 000 m2. Après l’achèvement des travaux d’extension, l’objectif visé est, dans un premier temps, de 320 000 visiteurs par an, niveau permettant d’assurer le seuil de rentabilité.

b) Plan et dimension urbanistique

« Unterlinden est un projet sortant de l’ordinaire car il met en interaction l’urbanisme, l’architecture et la muséographie. L’un n’allant pas sans l’autre. Du point de vue urbanistique, la mise en valeur de la zone autrefois négligée entre le couvent et les Bains municipaux est certainement déterminante. L’ouverture du canal, anciennement couvert, crée pour Colmar un lieu attractif, où a été transférée, pour cette raison, l’entrée du nouveau musée. » Jacques Herzog

- Echo entre les parties anciennes et nouvelles au niveau du plan (diapo 13)

Le nouveau musée est constitué de deux ensembles, qui se font face de part et d’autre de la place Unterlinden. Ils sont reliés par une galerie souterraine. D’un côté, le couvent médiéval, avec le cloître et son jardin, la chapelle. De l’autre côté, le nouveau bâtiment d’exposition, faisant écho au volume de la chapelle et formant avec les anciens bains municipaux une deuxième cour. La cohérence des espaces, la symétrie entre l’ancien couvent et la nouvelle construction, favorise la confrontation entre l’art ancien et la création moderne et contemporaine.

- Réouverture d’un canal et création d’une nouvel espace public (diapo 14)

Le canal de la Sinn, dont les eaux s’écoulent sous la vieille ville de Colmar, a été rouvert sur une centaine de mètres. Il devient une sorte d’axe de symétrie entre le cloître et l’extension. Les rives du canal ont été traitées en emmarchements de grès rose.

Ce qui était, avant la rénovation du musée, une gare routière (!) est, aujourd’hui, une nouvelle place piétonne, faisant, en quelque sorte, partie du musée. Ces travaux d’embellissement urbain reflètent la volonté de favoriser l’appropriation du projet par les habitants.

- Nouveaux bâtiments qui évoquent des bâtiments anciens détruits (diapo 15)

Située entre les deux pôles du musée, la place Unterlinden retrouve sa signification ancienne, à l’époque où ferme et écuries attenantes au couvent formaient un ensemble appelé Ackerhof. La nouvelle aile, située derrière les anciens bains municipaux, a ainsi été nommée en référence à l’ancienne ferme.

Tout près de l’eau, la « petite maison » marque la présence du musée sur la place, surplombant la galerie souterraine qui relie le cloître et les extensions. Elle reprend la position, la volumétrie et la forme du moulin, qui s’y trouvait autrefois. On constate une volonté d’évoquer le passé du couvent et de son environnement, de rétablir la relation entre les deux, sans toutefois imiter ou reconstituer les bâtiments disparus.

c) Promenade architecturale

- Nouvelle entrée du musée (diapo 16)

La nouvelle entrée du musée est située au centre de la place Unterlinden, face aux anciens bains municipaux, donnant sur la façade nord sur le couvent. Les travaux de rénovation du couvent ont été planifiés et exécutés en étroite collaboration avec l’architecte des Monuments historiques. L’entrée, par une ancienne salle d’exposition, permet l’accès à l’ensemble du musée et met en valeur le cloître et son architecture gothique. De nouveaux espaces d’accueil sont proposés aux visiteurs : billetterie, vestiaire, salle d’orientation, salle pédagogique.

Un espace de transition permet, au choix, d’entrer dans le cloître ou de descendre directement vers la galerie souterraine et les nouvelles extensions (diapo 17).

- Cloître (diapo 18)

Entrons dans l’ancien couvent, où le jardin du cloître s’offre à notre regard, dédié à l’art ancien. Dans cet espace rénové, désormais accessible aux personnes à mobilité réduite, les salles ont été débarrassées des structures muséographiques des années 80. Elles ont retrouvé un état similaire à celui d’autrefois, avec d’anciens plafonds en bois et la réouverture de fenêtres longtemps murées, donnant sur le cloître ou la ville. Les salles du cloître ne sont plus organisées de manière thématique, mais chronologique, permettant la mise en relation, pour une période donnée, de tous les aspects de la production artistique.

Le sous-sol de l’ancien couvent est consacré à l’archéologie régionale, du Néolithique au Moyen Âge. Les arts du Moyen Âge et de la Renaissance se déploient sur deux niveaux, sous-sol et rez-de-chaussée. Au premier étage, sont exposées les collections d’art et tradition populaires et d’arts décoratifs.

- Chapelle

Le chœur de l’ancienne église est entièrement dédié au Retable d’Issenheim. Afin de permettre aux visiteurs de mieux comprendre la particularité de ce chef d’œuvre, sont exposées, dans la nef ,des œuvres d’artistes contemporains. Le toit de l’église a été assaini et la nef dotée d’un nouveau plancher, unifiant l’espace, transformant l’église en salle de musée à part entière.

En retournant vers l’accueil, un escalier en spirale (diapo 19), qui ne se donne pas immédiatement comme un nouvel élément architectural, conduit le visiteur à la galerie souterraine. Celle-ci relie le couvent et le nouveau bâtiment. Trois escaliers similaires, de forme hélicoïdale assez organique, ont été dessinés par Herzog & de Meuron. Ils permettent de créer une cohérence entre les différentes parties du musée, accompagnant, en douceur, le visiteur vers la suite de la visite.

- Galerie souterraine

La liaison souterraine est segmentée en trois espaces d’exposition, présentant d’abord l’histoire du musée, puis les œuvres réalisées au cours du XIXe siècle et, enfin, celles du début du XXe siècle.

  • L’histoire du Musée Unterlinden
    (diapo 20)

La galerie de liaison entre l’ancien couvent et l’aile nouvelle s’ouvre sur un espace de transition consacré à l’histoire du musée, illustrant un lien continu entre passé du bâtiment et projection du musée dans le futur.

Cette salle retrace les grandes étapes de la création du musée et de la constitution de ses très riches collections, depuis l’occupation du couvent par les dominicaines, les séquestres révolutionnaires, les considérables développements des collections au cours du XIXe siècle, jusqu’aux importantes donations qui ont jalonné la fin du XXe et le début du XXIe siècle. Des tables tactiles permettent aux visiteurs de découvrir, plus en détail, cette histoire.

  • La Petite Maison (diapo 21 et 22)

La « Petite maison » est la signature architecturale du musée. C’est un repère visuel pour les visiteurs à l’extérieur, sur la place Unterlinden. Elle abrite le deuxième espace d’exposition de la galerie souterraine.

Cet espace souterrain est éclairé, depuis l’extérieur, par une verrière donnant sur les anciens bains municipaux. Trois tableaux de la collection du Musée Unterlinden y attendent les visiteurs, emblématiques des orientations voulues par le musée : histoire (Théophile Schuler, Char de la Mort, 1851), religion (Georges Rouault, L’Enfant Jésus parmi les docteurs, 1894) et ouverture sur l’art moderne et contemporain (Claude Monet, La Vallée de la Creuse, 1889).

  • La galerie XIXe et XXe siècles
    (diapo 23)

La galerie est consacrée aux collections de paysages et de portraits des grands maîtres, du XIXe et du début du XXe siècle : les paysages romantiques alsaciens, les paysages impressionnistes de Monet, les figures de Rodin et de Renoir, introduisent la modernité. Ces tableaux invitent à la découverte des collections des XXe et XXIe siècles, présentées dans le nouveau bâtiment du musée. Dans la dernière salle de la galerie, le visiteur peut aborder, tout en douceur, la transition entre la fin du XXe siècle et les premières démarches vers l’abstraction.

La galerie n’est pas trop large, pour inciter une certaine proximité du public avec les œuvres.

- L’Ackerhof (diapo 24)

Le nouveau bâtiment appelé « Ackerhof », habillé de briques et de cuivre, comprend trois niveaux. Les deux premiers sont consacrés à la présentation de la collection d’art moderne et contemporain. Le troisième permet la mise en place d’expositions temporaires d’envergure.

Le volume de la salle, dédiée aux expositions temporaires, évoque, avec son toit à pignon et sa hauteur extraordinaire de 11,50 m sous faîtière, la chapelle des Dominicaines. Les cimaises conçues par les architectes ressemblent aux structures créées pour exposer les volets de retable dans l’ancien couvent.

Pour la galerie et l’Ackerhof, il a été fait le choix d’un langage architectural abstrait, avec une muséographie sobre, en adéquation avec les œuvres exposées. L’accrochage des œuvres vise à inciter une déambulation du visiteur et à ne pas mettre trop en avant certaines œuvres, par rapport à d’autres.

- La piscine (diapo 25)

L’espace central des anciens bains, la Piscine, communique avec les nouvelles salles d’exposition. Il peut accueillir des conférences, concerts, performances, fêtes diverses ou des installations d’art contemporain. Dans l’extension du musée Unterlinden, la façade, les espaces et les éléments de structure de la piscine sont conservés.

- Cour / verger (diapo 26)

Le mur de cette nouvelle cour, entre l’Ackerhof et la Piscine, est percé d’une ouverture rectangulaire, clos d’une sorte de treillage, ouvrant sur la place Unterlinden. Cet espace évoque par sa forme, mais aussi par le fait qu’il soit fermé sur lui-même, le cloître historique. Le sol de la cour est recouvert de grès, comme la place Unterlinden. Au cœur de cette cour, un verger, le pomarium (pommeraie), se développe sur un socle de pierre et de briques.

(Vues sur l’Ackerhof) Les façades de l’Ackerhof et de la petite maison, ainsi que les murs délimitant la nouvelle cour, ont une texture rugueuse, faite de briques cassées en deux, ouvertes sur l’extérieur.

Dans l’épaisseur des murs de l’Ackerhof sont découpées quelques ouvertures en arc brisé, évoquant sobrement l’architecture gothique. Un dialogue se crée avec le couvent, où styles et époques se superposent.

L’écho à l’architecture existante et au passé du lieu se retrouve dans l’emplacement et la disposition des nouveaux bâtiments, mais aussi dans leurs proportions, matériaux et détails architecturaux. Selon Jacques Herzog, « ce qui est exceptionnel est aussi le fait que seulement en regardant de près on pourra discerner les parties anciennes des parties nouvelles de l’architecture. ». En effet, les extensions s’harmonisent avec le bâti ancien et l’environnement urbain.

Les architectes ont élaboré une configuration urbaine et un langage architectural qui s’intègrent dans la vieille ville, tout en manifestant un caractère contemporain à ceux qui y regardent de plus près. L’objectif était d’harmoniser les abords extérieurs de l’extension du musée, afin de garantir la cohérence urbaine, architecturale et fonctionnelle du projet, brouillant les limites entre l’espace public et le musée, l’extérieur et l’intérieur, le neuf et l’existant.

Conclusion

Ont-ils réussi leur coup ? Assurément.

L’agence d’architecture a-t’elle tenu compte du lieu, de l’histoire, de la ville ? Oui.

Ont-ils pu s’inscrire dans l’espace et le temps, sans dénaturer l’âme du lieu, tout en faisant vibrer l’ensemble dans une projection vers l’avenir ? En tenant compte du schéma historique d’origine (la reproduction du moulin au centre et de l’« Ackerhof », par exemple), on peut dire que c’est bien le cas, mais cette architecture est si exceptionnelle qu’elle devient l’oeuvre d’art elle-même.

En effet, elle risque d’être le but des visiteurs, bien plus que les oeuvres exposées dans le musée. Pourquoi pas, si cela permet la découverte de certaines oeuvres, qui valent le détour, telles le Retable d’Issenheim de Mathias Grünewald et les oeuvres de Martin Schongauer, notamment.

 

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