Vous êtes ici : Accueil » Diaporamas et exposés » Dominique Vivant-Denon, Voyage dans la Basse et la Haute Egypte pendant les (...)

Dominique Vivant-Denon, Voyage dans la Basse et la Haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte, 1802

D 23 avril 2016     H 17:23     A Béatrice Louys     C 0 messages


Diaporama Dominique Vivant-Denon

Diapo 1 : couverture

Introduction


Ce récit a pour sujet le livre de Dominique Vivant-Denon « Voyage dans la Basse et la Haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte », paru en 1802. Pour aborder cet ouvrage, je pose la question suivante : En quoi a- t’il été le déclencheur du déferlement des voyageurs en Egypte et l’une des origines de l’orientalisme ?

Pour répondre à cette question, je vous propose trois parties :

1) Avant le voyage de Denon, au XVIIIe siècle, les tâtonnements dans une
Egypte mystérieuse ;
2) Le voyage de Denon : au tournant des XVIIIe-XIXe siècles, la découverte de l’Egypte ;
3) Après le voyage de Denon, au XIXe siècle, déferlement des voyageurs et multiplication des oeuvres d’art sur l’Egypte.

Diapo 2 : Denon

Diapo 3 :

En préambule, une brève biographie de l’auteur, juste pour vous rappeler que Denon a voyagé toute sa vie, en tant que diplomate, puis comme premier directeur du musée du Louvre. Dans le catalogue d’exposition de 2000, intitulé : Dominique-Vivant DENON. L’oeil de Napoléon, Pierre Rosenberg, commissaire de l’exposition, brosse l’image d’un homme heureux, un touche-à-tout de génie, un homme d’action. Denon n’écrit pas ses mémoires et tombe par ce fait dans l’oubli. Pourtant, il a eu une vie passionnante. Curieux de tout, il a été à la fois diplomate, archéologue, ethnographe, dessinateur, graveur, collectionneur.

Diapo 4 : bibliographie

Pour appuyer mon propos, je me suis inspirée des ouvrages suivants, dont vous retrouverez les références tout au long de mon exposé. N’oublions pas, au départ, Hérodote qui dit déjà : « L’Egypte est un don du Nil ». Cette image exemplaire n’occulte pas ensuite une image négative, celle des magiciens, du faux-savoir et du pouvoir autocratique des pharaons.

Diapo 5 : 1ère partie

1ère partie / Avant le voyage de Denon, au XVIIIe siècle, les tâtonnements dans une Egypte mystérieuse


Avant Denon, Irini Apostolat dans sa thèse de 2003, parue en 2009, lie l’engouement des français pour les oeuvres d’art, inspirées de l’Egypte ancienne, aux vestiges vus dans les collections romaines, mais cela reste une connaissance superficielle. L’Egypte reste un pays mystérieux.

Diapo 6 : François Savary

Au XVIIe S, il existe des récits viatiques, tel celui de l’ambassadeur à Constantinople, François Savary, comte de Brèves. Il va seulement en Basse Egypte, car la Haute Egypte est considérée comme trop dangereuse. Dans son ouvrage, les représentations sont assez fantaisistes, voire inexistantes.

Diapo 7 : Louis-Ferdinand Cassas


Au cours du XVIIIe S., des sites sont découverts par le père missionnaire jésuite Claude Sicard, le britannique Pococke et le danois Norden et bien d’autres. En 1785, les compositions illusionnistes et reconstitutions à l’antique de Louis- Ferdinand Cassas ont un accueil enthousiaste à Rome, notamment par Goethe. En 1799, il publie 330 planches à l’eau-forte.

Diapo 8 : Claude-Étienne Savary


Mais, en ce qui concerne l’Egypte, ce sont surtout deux personnalités, qui ont un impact sur leurs contemporains, y compris Bonaparte et Denon. Ce sont Savary (un autre Savary) et Volney. 


- Claude-Étienne Savary, pionnier de l’égyptologie et traducteur du Coran en français, part en 1776 pour l’Égypte. Après un séjour de trois ans, où il apprend l’arabe, il rapporte une description vivante, faite au contact quotidien avec la population de la Basse-Egypte. C’est un des premiers voyages littéraires en Égypte, plus d’un siècle après François Savary de Brèves, mais longtemps avant Chateaubriand, Lamartine ou Flaubert. Les trois volumes de son ouvrage ont un succès considérable. Son récit offre un contraste frappant avec l’austère description que fera Volney deux ans plus tard. En effet, la vision rousseauïste et idyllique de Savary s’oppose à l’analyse moins complaisante de Volney.

Diapo 9 : Volney


- Volney, lui, dresse un tableau sombre d’Alexandrie, laissée à l’abandon, ce dont il accuse le pouvoir turc et ses représentants en Egypte, les beys mamelouks. Il traite les pyramides de « barbares ouvrages ». C’est ce livre que Bonaparte emporte avec lui en Egypte.


Sur un plan historique, on note l’ouverture de la « Sublime Porte » vers l’Occident par la nomination des ambassadeurs ottomans à Londres en 1793, à Berlin et à Vienne en 1795, puis à Paris en 1797. Conjointement à cette ouverture, se développent les voyages dans cet immense espace qui couvre la totalité des pays de souveraineté ottomane, y compris la Grèce et bien sûr l’Egypte. Cela reste pourtant au XVIIIe siècle, une aventure solitaire, lente, hasardeuse, périlleuse. Le voyage exige du temps, de la fortune et des appuis diplomatiques. Par exemple, Volney y consacre tout son héritage. 



Diapo 10 : 2ème partie

2ème partie / Le voyage de Denon : au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, la découverte de l’Egypte

Diapo 11 : la campagne d’Egypte de Bonaparte de 1798 à 1801

Diapo 12 : Sous le règne de Selim III

La campagne d’Egypte de Bonaparte a lieu entre 1798 et 1801 sous le règne du sultan Selim III. Bonaparte a une image préconçue, quand il embarque à Toulon en mai 1798 avec 38000 hommes et 167 savants : il veut redonner les « Lumières » à l’Egypte. C’est surtout un enjeu capital pour le contrôle de la Méditerranée et pour empêcher la main-mise sur la route des Indes, via Suez, par l’Angleterre.


Denon se rapproche de Joséphine de Beauharnais et obtient d’accompagner Bonaparte en Égypte. C’est au cours de cette campagne d’Égypte, entre 1798 et 1799, qu’il s’adonne, à cheval, à son passe-temps préféré : le croquis de voyage,

Diapo 13 : Le Sphinx près des Pyramides


le lavis à l’encre brune sur papier blanc ou bleu, le dessin au trait à la plume à la pierre noire ou à la sanguine sur papier calque ou sur papier légèrement orangé, avec une exécution par petits traits, rapide, nerveuse.

Diapo 14 : Détails et portraits


Doyen des savants accompagnateurs, Denon ouvre la voie. Son parcours va jusqu’à Assouan, mais c’est aussi une remontée dans le temps. Chroniqueur de cette expédition, il décrit Alexandrie en ruine, les combats acharnés dans le delta, la révolte du Caire du 21 au 23 octobre 1798, la bataille des Pyramides, où Napoléon devient une légende, « un nouveau pharaon  ». Pourtant, il dénonce les atrocités de la guerre et le caractère illégitime de l’expédition, ce qui est la marque d’un esprit ouvert et novateur, d’un amateur éclairé, qui sait abandonner ses préjugés. Je le cite, en page 78 : « Nous avions à la vérité chassé les Mamelouks ; mais, à notre arrivée, éprouvant toutes sortes de besoins, en les chassant, ne les avions-nous pas remplacés ?  » (fin de citation).

Diapo 15 : carte du voyage de Denon

Denon obtient de suivre le général Menou dans le delta, puis le général Desaix dans sa poursuite des mamelouks et de leur chef Mourad Bey. Celui-ci se dérobe continuellement, d’où la progression vers le Sud de l’Egypte. C’est grâce à cela que Denon peut voir la Haute-Egypte. Je le cite, en pages 152-153 : « … en effet, ce n’était que de là que commençait la partie importante de mon expédition particulière ; j’allais défricher, pour ainsi dire, un pays neuf ; j’allais voir le premier, et voir sans préjugé ; j’allais fouler une terre couverte de tout temps du voile du mystère, et fermée depuis deux mille ans à tout Européen. Depuis Hérodote jusqu’à nous, tous les voyageurs, sur les pas les uns des autres, ont remonté rapidement le Nil, n’osant perdre de vue leurs barques, ne s’en éloignant quelques heures que pour aller, avec inquiétude, à quelques cent toises, visiter rapidement les objets les plus voisins ; ils s’en rapportaient à des récits orientaux pour tout ce qui n’est pas sur le bord du fleuve. » (fin de citation). C’est donc bien grâce à l’armée que Denon peut voir ce que personne n’a pu voir auparavant et qu’il décrit lui-même comme « le plus beau et le meilleur des pays  ». Ses dons de narrateur, la qualité de son récit, retraçant la double violence de la guerre et du désert, sa témérité et son courage, tout cela génère l’admiration de tous.

Diapo 16 : Vue géométrale du portique du temple de Denderah

J’ai choisi de vous montrer successivement 4 planches de la Haute-Egypte, dont le point culminant pour Denon est l’ancienne Thèbes, la « Ville aux cent portes ». Il y découvre, entre autres, les colosses de Memnon (je le cite) « dont le seul nom remplit l’imagination de vastes souvenirs ».

Diapo 17 : Les Colosses de Memnon sur les étendues près de Thèbes

Curieux de tout, il observe aussi bien les fellahs que les soldats des deux camps, les fêtes religieuses que les monuments du passé. Son admiration n’est pas condescendante. Il éprouve un respect humain pour l’ennemi.

Diapo 18 : Denon dessinant les ruines d’Hierakonpolis

Son éditeur écrit de lui : « Que fait-il au plus fort de la mêlée ? Il observe. Quelle est son arme ? Un crayon... car ce n’est point aux mamelouks qu’il fait la guerre, c’est à l’oubli.  ».

Diapo 19 : Temple ensablé d’Apollinopolis à Edfoù


De ce temple ensablé, Denon dit, je cite : « la perfection de l’art chez les égyptiens » Eblouissement et confrontation : le gigantisme impressionne et heurte. Tributaire des mouvements de l’armée, Denon ne peut aller au-delà de la 1ère cataracte. La fin du voyage, c’est Eléphantine et Philae qu’il nomme « une île enchantée ».

Diapo 20 : Temple sur l’île de Philae

L’Egypte est la plus ancienne des civilisations de la Méditerranée orientale, c’est la dernière à être redécouverte. Dans un double mouvement, c’est l’exhumation du passé pharaonique et la découverte d’une nouvelle Egypte, celle de la fin du XVIIIe siècle. Les planches de Vivant-Denon, ainsi que les objets rapportés, vont servir à de nombreux artistes pour les reconstitutions de l’expédition d’Egypte. De plus, à partir de 1805, l’ouverture à l’Occident du nouveau pacha Méhémet-Ali favorise les voyages. Je cite Christine PELTRE, dans son ouvrage de 2004, Orientalisme : « L’Orient attire peut-être d’abord par ses valeurs symboliques : son nom promet une nouvelle naissance, un rajeunissement salutaire dans un monde où l’académisme perpétue les recettes anciennes.  »

Diapo 21 : 3ème partie

3ème partie/ Après le voyage de Denon, au XIXe siècle, déferlement des voyageurs et multiplication des oeuvres d’art sur l’Egypte.

Le XIXe siècle est celui des égyptologues et du canal de Suez, celui de Bonaparte, Champollion, Lesseps, Mariette... L’expédition en Egypte est un désastre militaire, mais ce sont les savants, y compris Denon, qui vont en faire une réussite éclatante. La légende du héros est forgée et l’Egypte devient un objet de fascination, une passion européenne.

Diapo 22 : parution du voyage en 1802


Dès son retour, Denon se consacre à l’eau-forte, à la lithographie et au relevé archéologique. On a répertorié près de six cents planches de gravure signées de sa main et pas moins de quatre cents croquis rapportés d’Égypte. Malgré son coût élevé, cet ouvrage en deux volumes, à la fois chronique de guerre et récit de voyage d’artiste, a un succès considérable. Il est traduit en allemand, anglais, hollandais, danois et italien et connait 42 rééditions au cours du XIXe S. Constituant les prémices de l’égyptologie, il parait sept ans avant la « Description de l’Egypte », véritable encyclopédie, inventaire des antiquités égyptiennes.

Diapo 23 : parution de la « Description de l’Egypte »

Après avoir vu les dessins de Denon, Napoléon charge la Commission des sciences et arts d’Egypte d’élaborer cette encyclopédie avec les contributions des savants ayant participé à l’expédition, où chacun dessine dans sa spécialité. L’ouvrage, préfacé par Joseph Fourier, comporte 9 volumes de textes, 10 volumes de planches (faune, flore, monuments...) et un atlas. Il sera publié 21 fois entre 1809 et 1829, mais ne respecte pas toujours la rigueur scientifique qu’on aurait souhaitée. Comme l’oeuvre de Denon, malgré son prix, elle a un grand succès. On peut retrouver plus de 300 de ces planches sur le site signalé sur la Diapo.

Diapo 24 : Chateaubriand


Dans le même temps, les voyages des artistes, qu’ils soient écrivains ou peintres, se multiplient, souvent sur le schéma de celui de Chateaubriand. Le circuit qu’il emprunte devient canonique. Il reste un mois en Egypte en octobre-novembre 1806. Il n’aime pas l’Egypte moderne. Pourtant, il dit que c’est «  le plus beau pays de la terre  ». Y éprouve-t’il le sentiment de l’immoralité de l’âme ?


Après Denon, on va jusqu’à la 2ème cataracte sur un dahabich (une embarcation avec un capitaine, appelé reïs, et son équipage), puis à partir de 1869, avec un bateau à vapeur, accompagné par un guide-interprète, un drogman. C’est le cas de Fromentin, de Charles Blanc... Gautier est invité, comme bien d’autres, aux fêtes de l’inauguration du canal de Suez en 1869, mais il ne voit pas la Haute-Egypte. Il doit se contenter d’Alexandrie, du Caire et du delta, après une fracture de la clavicule pendant la traversée de la Méditerranée.

Diapo 25 : Champollion


Comment ne pas citer Champollion, dont le rêve ne devient réalité qu’en 1828 ! D’autres en rêvent comme Victor Hugo, qui consacre deux poèmes à Bonaparte dans Les Orientales en 1829 : « Bounaberdi  » et « Lui  ». Hugo ne va jamais en Orient et préface son recueil poétique ainsi : « tout le continent penche à l’Orient »

Diapo 26 : Maxime Ducamp.

Saint-simonien, poète, Maxime Ducamp voyage en Egypte de 1849 à 1851 avec Gustave Flaubert, d’où il rapporte des photographies des calotypes, la nouvelle forme de représentation des monuments. Plus besoin de crayon ! Et enfin, Kipling, qui voyage en Egypte avec sa femme en février 1913 et écrit L’Egypte des magiciens.

En conclusion, on peut dire que l’oeuvre de Dominique Vivant-Denon « Voyage dans la Basse et la Haute Egypte » a été le déclencheur du déferlement des voyageurs en Egypte, en éveillant leur curiosité. Il est le premier ouvrage relatant, de manière simple et précise, les monuments égyptiens, tout en parlant des conflits et des conditions de vie dans ce pays. Il n’omet aucun des problèmes et humanise les rapports avec la population. Il propose une approche nouvelle, aussi bien de la nouvelle Egypte moderne qu’une redécouverte de l’ancienne Egypte, celle des pharaons. En aidant les artistes, en tant que directeur des musées, il favorise aussi l’éclosion d’une multitude d’oeuvres d’art, peintures, sculptures, objets d’art divers et variés, d’inspiration égyptienne.


La « Description de l’Egypte », qui suit, a un impact tout aussi considérable sur les contemporains. Les voyages en Egypte se multiplient, notamment grâce à des transports plus confortables et plus rapides (chemins de fer, bateaux à vapeur) et à l’amélioration des conditions de vie. Il y en a même qui s’y installent, telle Lady Duff-Gordon qui s’y rend pour des raisons de santé (tuberculose) et n’en repart plus.


L’Egypte reste sous tutelle ottomane jusqu’en 1914, puis elle passe sous protectorat britannique jusqu’en 1952. La passion pour l’Egypte ne s’est jamais tarie. Pour preuve, l’exposition de 1994-1995 « Egyptomania » et encore, récemment, l’exposition « Osiris. Mystères engloutis d’Egypte » à l’Institut du Monde Arabe à Paris :

Diapo 27 : Expo « Osiris » à l’Institut du Monde Arabe


Cette exposition des oeuvres retrouvées, grâce aux explorations de l’archéologue sous-marin Frank Goddio au large de la côte égyptienne, a eu tellement de succès qu’elle a été prolongée jusqu’au 6 mars 2016.

 

Mots-Clefs

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
Ajouter un document